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22/04/2006
Quand j'étais pauvre...
Ce titre me tire les larmes des yeux. J'adore ces belles histoires. Du vécu, donc...
Outres les achats incompressibles : tabac, crèmes de beauté, essence, il ne restait que 1000 F (150 euros environ mais avec le franc c'était moins cher), pour vivre à deux sur le mois. Autant dire que les sorties en voiture du dimanche étaient limitées aux jours de fête, que les restaus, c'était MacDo une fois l'an (comme disaient des amis pauvres de l'époque : on se fait une fleur !) et au cours de ces sorties on pique-niquait d'une boîte de pâté baptisé fleur.
Ah, c'était le bon temps. Le temps où j'étais encore capable de calcul mental pour comptabiliser le montant du caddy chez Lidl. Le temps où le dernier week-end du mois on ne sacrifiait pas à la sacro-sainte église de la consommation, mais où on respectait presque le shabbat (c'est encore ce qui coûte le moins).
C'est grâce à la pauvreté que j'ai pris l'habitude d'aller au travail en courant un jour par semaine, et grâce à l'argent économisé à m'offrir des lilas au marché. Cela a également joué sur ma créativité puisque j'ai inventé un nouveau concept : "apprendre des langues en mangeant". J'avais des élèves étrangers avec qui je conversais en français à l'heure de la cantine. Je faisais aussi des ménages. Je gagnais ainsi mon argent de poche que je donnais à... plus pauvre que moi.
Etre pauvre est très formateur dans le domaine de la patience.
Attendre la paie à la fin du mois. Attendre les soldes puis les deuxièmes, puis les troisièmes démarques. En cherchant bien en fin de soldes, on finit par le dénicher, le chemisier à 20F.
Et de la débrouillardise, car en attendant les soldes on peut s'habiller de pied en cap au MAP (Marché aux Puces) où les bourgeoises se débarrassent de très jolies choses. Si. Si. Avec le temps, on acquiert même de l'expérience et on n'achète plus jamais ou presque de chaussures trop grandes (ou trop petites), de vêtements trop petits, ou aux couleurs importables.
Depuis j'ai connu la croissance éhontée (au point de taper mon code de carte bleu sans regarder ce que je paie), j'ai consommé à tort et à travers, j'ai abusé des économies de bourge, et cela suffit : demain je gonfle ma bicyclette. Et j'ouvre une nouvelle tirelire virtuelle de décroissance solidaire.
14:14 Publié dans Solidarité | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : Décroissance volontaire
Commentaires
Quand le tabac et les crèmes de beauté sont des achats incompressibles on est pas pauvre on est con.
Retourne attraper ton cancer du poumon, du nez et/ou de la gorge avec joie, mets tes crèmes de beauté et va faire essayer de pleurer dans d'autres chaumières.Les VRAIS pauvres (dont je fais partie)se scandalisent d'un tel discours et je t'envoie allègrement te faire voir chez les grecs.
Ecrit par : Aurélie | 23/04/2006
Ce n'est pas la première fois que j'offense quelqu'un de véritablement pauvre. Je constate que beaucoup de pauvres sont cons car ils persistent à fumer. Ils sont aussi susceptibles hélas. On n'a pas le droit de faire de l'humour sur le sujet je m'en rends bien compte. Et encore moins d'en parler si on n'est pas véritablement pauvre. Or je ne le suis pas, ou pas vraiment, ou plus, ou pas encore. Désolée.
Ecrit par : Dilettante | 23/04/2006
Je doute que mademoiselle Aurélie soit vraiment pauvre. Quand on tient un blog on n'est déjà plus du parti des pauvres, on est dans les ceusses qui ont de la culture, qui s'espriment sur le web, qui voudraient influencer l'opinion publique avec la qualité de leur idées...
Ce qui m'énerve c'est l'intolérance et particulièrement chez les gens de mon bord, les autres je les excuse plus facilement.
A part ça une excellente chanson/blues de Plume Latraverse pour réviser votre quebecois...
Les pauvres vont pas à l'école
Les pauvres, c' pas des grosses bolles
Ça mange des s'melles de bottes
Avec du beurre de pinottes
Y sentent la pauvreté
C'en est une vraie calamité
Les pauvres...
... mais y ont tous la t.v. couleur
http://membres.lycos.fr/chansonquebecoise/extraits_renouveau.htm
Ecrit par : Joël | 23/04/2006
Justement j'ai allumé l'ordi ce matin parce que cette note et la violence qu'elle a engendré me turlupine. Avant de m'agresser de nouveau, il faudra désormais prouver que l'on est plus véritablement pauvre que je l'ai été.
Et puis, les pauvres, y votent tous Le Pen, et y paient tous l'impôt sur la FDJ (Française des Jeux)...
Ecrit par : Dilettante | 24/04/2006
Sujet difficile, Dilettante.
Même la définition de la pauvreté diffère d’un pays à l’autre (aux USA, le seuil de pauvreté est calculé de manière absolue*, ce qui n'est pas le cas chez nous, où ce seuil est relatif**). On peut donc en déduire que nous ne sommes même pas capable de décider si la pauvreté est une notion absolue (ne pas avoir de quoi subvenir à ces besoins primaires, comme la nourriture et le logement) ou relative (ne pas être capable d’accéder à un certain niveau de richesse).
À mon humble avis, avant de trop nous plaindre, nous devrions réfléchir à la situation vers laquelle nous tendons. Car d’ici très peu de temps, nous ne chercherons plus à améliorer notre ordinaire, mais à éviter qu’il ne s’empire. Et quand je vois mes collègues de bureau tirer de l’eau réfrigérée pour faire leur café, je me dis que la chute sera rude.
Mais comment dialoguer si nous n’avons pas les mêmes échelles de valeurs ?
*Seuil de pauvreté absolu : ce seuil est mesuré à partir du prix d'un panier de biens et de services censés représenter le minimum vital.
**Seuil de pauvreté relatif : correspond à la moitié de la valeur médiane des revenus du pays (la valeur médiane coupe en 2 le nombre des revenus, et non leurs valeurs ! Autrement dit, si l'on classe par ordre croissant les revenus de chaque français, en imaginant qu'il y en ait 30 millions, le revenu médian sera celui qui se trouve à la 15 millionièmes place. Le seuil de pauvreté sera donc ce montant divisé par 2.).
Ecrit par : TM | 24/04/2006
Une vieille (mais utile) distinction entre la pauvreté et la misère attribuée à saint Thomas :
-la pauvreté c'est le manque du superflu
-la misère c'est le manque du nécessaire.
http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Misere
Un livre passionnant:
http://www.monde-diplomatique.fr/2003/08/BULARD/10377
Ecrit par : Joël | 24/04/2006
Un article déjà un peu vieux (les données sont de 2001, et les choses ne se sont pas arrangées depuis), mais la réflexion de fond est toujours d'actualité...
http://www.manicore.com/documentation/articles/palais_mai2001.html
Ecrit par : TM | 27/04/2006
Chez moi, on n'a jamais été riche mais pas pauvre non plus : mon budget me semble assez économique.
En revanche ma femme a été pauvre quand elle était jeune et je trouve qu'elle a tendance à acheter pour compenser son manque dans sa jeunesse.
La pauvreté, c'est comme la cigarette, ce sont les anciens les plus intolérants.
Ecrit par : jid | 27/04/2006
il s'agit de différencier pauvreté économique et pauvreté culturelle: on peut utiliser internet (comme moi) et etre dans une situation economique alarmante (comme moi)...
c'est vrai que l'humour sur la pauvreté doit etre subtil.. je me suis prété au jeu moi aussi (sur http://wprowadzeniarnoijne4.blogspirit.com ou je critique les pauvres pauvres)...
mais avouons que la privation est une chose insupportable...
pour joel: une dose de supperflu est aussi nécessaire...
aller! sans rancunes aurélie... c'est vrai que cet article peut etre blessant (moi même je ne l'apprecie pas, et pourtant qu'est ce que je ris des pauvres) mais ce qui blesse vraiment c'est les differentes manieres d'humoriser les problemes: ainsi je trouve tres choquant que joel considere aurelie économiquement sur le seul critère culturel: le jugement inique sur les capacités économiques des gens est trés déplacé... (je connais aurélie...)
mais bon...
bonen continuation pour ce blog qui revele plein d'autres articles moins polemiques et plus sympatique, et bien reussis..
http://wprowadzeniarnoijne4.blogspirit.com
http://pensees-rebelles.blogspirit.com
Ecrit par : roi bourdieusien | 29/04/2006
>je trouve tres choquant que joel considere aurelie économiquement sur le seul critère culturel:
roi, a argument simpliste (et agressif) d'Aurélie, réponse simpliste.
Ecrit par : Joël | 29/04/2006




