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Comprendre les fossés culturels

Je vous promets, j'avais fait une super-note, bien documentée et tout, mais je l'ai perdue parce que j'ai attendu trop de temps avant de sauvegarder.

Du coup, vous allez avoir droit à la version abrégée (chouette diront certains qui se rappellent que dans le temps ce blog fustigeait les notes trop longues !!!).

Je disais donc que pour que l'utopie du partage équitable du monde soit possible (et pas seulement au retour d'une arche de Noé après l'Apocalypse), il fallait un travail de compréhension mutuelle qui pouvait s'étaler sur deux générations, le temps qu'il a fallu pour passer de la vie de nos grand-mères à celle de nos filles.

Et je prenais l'exemple de l'évolution de la liberté sexuelle et de la maîtrise de la procréation comme paramètre ethnologique à monitorer.

J'expliquais que certaines civilisations natalistes étaient dûes au fait que l'enfant est encore trop souvent une assurance vieillesse. Si bien que dans le monde arabe par exemple, les parents sont nommés "père ou mère de- prénom de leur fils aîné", et cela même si l'aînée est une fille. Cela se traduit par une désolation sincère et culturelle vis-à-vis de quelqu'un qui n'a pas d'enfant, l'enfant à venir étant toujours désigné au masculin. Il pèse donc sur les aînés la responsabilité terrible de prendre soin des parents âgés et de la famille entière si les parents venaient à mourir. D'où un renforcement incompréhensible pour nous du droit d'aînesse et de la dominance masculine car les filles semblent exonérées de ce devoir, toutes destinées qu'elles sont à être mises à l'abri du besoin par le mariage.

Le taux de chômage élevé et la procréation nécessaire sont deux facteurs qui maintiennent la femme à l'ombre close des maisons pour s'occuper de sa progéniture et exprimer sa frustration à coups de méchancetés envers ses belles-soeurs puis ses belles-filles. Ces femmes sont les plus sûres gardiennes de l'obscurantisme et de l'asservissement fémininin lorsqu'elles ne tolèrent pas que d'autres puissent échapper à leur condition. L'absence de mixité, les femmes étant le plus souvent confinées à l'"intérieur", contribue grandement à une certaine méconnaissance sexuelle et peur de l'autre sexe, renforcée par de nombreux non dits et tabous (je ne dis pas que tout est parfait loin de là dans nos sociétés occidentales). Pour ne prendre qu'un exemple, je suis impressionnée par le conditionnement archaïque qui fait résider l'honneur de la famille dans l'hymen de ses filles ! Et par le fait qu'on se retranche facilement derrière une "mentalité" pour éviter de réfléchir à l'absurdité de cette croyance.

Le film "L'Immeuble Yacoubian" décrit (entre autres) la vie sexuelle ordinaire dans la ville évoluée et moderne du Caire.medium_yacoubian.2.jpg Le plus étonnant peut-être c'est que tout se déroule sous les yeux de tout l'immeuble, tout le monde étant au courant de tout. En tout état de cause, cette vie n'est pas facile.

On y évoque par exemple les ébats d'un célibataire avec une barmaid qui s'avèrera être une prostituée (professionnelle ou traitée comme telle et renvoyée pour avoir couché avec le célibataire ?). On assiste aux efforts de séduction d'un directeur de journal homosexuel envers un jeune soldat, et à la brutalité du "devoir conjugal" tri-quotidien de ce dernier (viol conjugal). On est témoin du mariage secret d'un vieux riche avec une jeune veuve pour assouvir ses appétits sexuels, et on assiste impuissants à l'avortement qu'il lui inflige lorsqu'elle se retrouve enceinte. Le jeune homme que ses origines modestes empêchent d'entrer dans la police rejoint les frères musulmans et se met à vouloir contrôler les tenues de son amie en même temps que la pousse de sa propre barbe. Lorsqu'après une manifestation, il est violé dans les locaux de la police, il a du mal à avouer cette honte à son imam et n'a de cesse de se venger en organisant un attentat. En attendant son amie ne peut garder son emploi de vendeuse qu'en subissant les frottements libidineux de son patron.

Une autre différence culturelle est la promiscuité. Ou je devrais dire plutôt l'absence de propriété privée. La plupart d'entre nous ont eu leur propre chambre, leur bureau, leurs jeux, leur ordinateur, leurs vêtements. Nous sommes habitués à notre "espace vital". Il n'en est pas de même pour les familles natalistes et pauvres dans lesquelles tout est partagé. Le sens de la propriété privée n'est donc pas le même que le nôtre. Cette dame du Burkina-Fasso racontait que lors de ses retours au pays, la famille éloignée venait un mois à l'avance camper chez ses parents en attendant son arrivée, et que, bénéficiant du fabuleur privilège de vivre en France, elle devait donner sans compter, jusqu'à repartir dépouillée même de ses chaussures. Le corollaire positif de cette habitude est que personne n'est jamais véritablement à la rue, puisqu'on est toujours hébergé quelque part par la famille ou des amis ou même des inconnus.

Je ne suis pas raciste, je l'ai déjà dit. Je n'emploie pas le terme de "turcs" pour ces français travailleurs et acharnés qui viennent de retaper une maison en bas de mon immeuble, même si la vue de leurs femmes qui portent un foulard, heurte mon regard à chaque fois. Je devrai attendre peut-être que leurs enfants leur enseignent qu'il ne faut pas jeter les peaux de pastmedium_travaux.jpgèque dans la poubelle verte et que leurs filles à la sortie de l'école mixte et laïque fassent leur vie avec des français d'autres origines. Je devrai apprendre, sans doute, à réduire parfois mon espace vital pour accueillir de nouveaux amis envahissants, de ceux qui touchent les gens quand ils leur parlent, et qui viennent s'asseoir tout près, mais qui sont gais, savent rire, danser et faire de la musique.  Voir à ce sujet un petit bijou, dans la série des films qui rendent meilleurs : "Travaux", de Brigitte Rouan.

Donc, pour résumer car il se fait tard, le but de mon propos était de mettre en lumière des différences culturelles fondamentales qui semblent s'opposer à une cohabitation immédiate entre les privilégiés dont je suis et des personnes issues de sociétés natalistes. Je compte beaucoup sur l'école laïque, mixte et républicaine, et son éducation sexuelle obligatoire, pour permettre aux jeunes gens des deux sexes de se libérer de la mentalité de leurs parents et d'apprendre à connaître l'autre sexe. Dans le domaine social, la garantie d'une allocation de vie, qui empêcherait les enfants de supporter le poids monstrueux de la charge de leurs parents serait un progrès considérable. Et de notre côté, un apprentissage au partage de l'espace vital comme de la richesse devrait s'accompagner d'un regain de joie de vivre. Nous avons beaucoup de pas à faire les uns vers les autres.

Commentaires

  • Je vais essayer de trouver les films que tu conseilles..

  • ca me remue ton billet

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