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Hommage à Brad Will Roland, journaliste d'Indymedia, mort à Oaxaca

medium_bradwill.pngMon ami Brad Will (Roland) a été tué par balle à Oaxaca

(par David Rovics) 31-10-2006 (traduction perfectible)

Brad Will était un ami cher, et un vrai révolutionnaire. Il est mort de la même façon que d'innombrables et incomptées belles personnes sont mortes dans les siècles récents -- il a été atteint à la poitrine par des paramilitaires de droite. Il filmait la scène près d'une des centaines de barricades qui ont bloqué la ville d'Oaxaca depuis juin dernier, quand le gouverneur a essayé de rendre hors la loi l'expression publique des dissidents, jetant ainsi une allumette historique de plus sur un baril de poudre de plus.

Brad personnalisait l'esprit d'Indymedia. Non seulement il couvrait des histoires que la presse "courante" ignore, comme ce moment excitant, violent et révolutionnaire qui a attrapé Oaxaca il y a plusieurs mois maintenant. Brad ne risquait pas sa vie pour avoir un bon tirage d'une confrontation sur une barricade parce qu'il pourrait avoir une photo sur la couverture d'un journal, avoir quelque célébrité et argent (peut-être pourtant mérités) -- il postait ses communiqués sur Indymedia, gratuitement.

C'est sûr, Brad filmait pour couvrir l'histoire mais il était là bas aussi pour faire l'histoire. Brad savait qu'une caméra est une arme, ou au moins une espèce de bouclier, et qu'elle pouvait parfois servir à désescalader une situation, à protéger les gens contre le viol, les coups, les meurtres. Et Brad savait que si les média indépendants ne documentent pas l'histoire, personne d'autre ne le ferait.

...

Brad a été un radical longtemps avant que ce soit à la mode aux US (avec les deux manifestations à Seattle), et longtemps après que ce ne soit plus à la mode là-bas (11 septembre 2001). Les formes tactiques et politiques pour lesquelles le mouvement pour la justice globale est devenu connu étaient pratiqués par des gens comme Brad dans les mouvements de "squatters" à New-York City et dans le mouvement radical environnemental sur la côté ouest dans les années 1990. Brad était à ces deux endroits et dans beaucoup d'autres. Brad était quelque part près de la base de nombreuses autres institutions anarchistes récentes -- "de la nourriture pas de bombres", "masse critique", "réclamez les rues", "guerilla plus de jardins", "Indymedia". Il voyait les connections, comprenait profondément le concept "des commons", et y alla, comme activiste, video-journaliste, musicien et "pompomboy".

Je n'ai jamais connu le nom de famille de Brad jusqu'à ce qu'il soit tué. Pour moi c'était juste Brad. Je ne me rappelle pas avoir parlé beaucoup avec lui à propos de son passé, de où il a grandi, comment il est devenu un révolutionnaire, bien qu'on ait dû parler de ce genre de choses. Mais en général, je le voyais au cours des évènements, que ce soit un film, un show ou un concert sur un toit de Brooklyn, une occupation de terrain dans le Bronx, ou, tout aussi souvent, une grande manifestation contre une organisation financière maléfique quelque part dans le monde.

J'ai chanté à beaucoup de ces évènements, et Brad était présent à la plupart d'entre eux -- et il a été présent à de nombreux évènements où je n'ai pas été, aussi. Ils sont tous si flous, je ne me souviens plus lesquels. Mais les nombreuses rencontres commencent toujours avec un chaud sourire et une accolade, et habituellement impliquent qu'une sorte de chaos se produit, avec Brad confortablement au milieu du chaos. Parfois -- trop rarement, je le réalise soudain, les rencontres continuaient après que le chaos ait pris fin, et nous pouvions être dans un endroit calme avec un petit groupe de gens, se détendant et parlant de la vie, mes affaires favorites.

Il y a eu de nombreux débats pour savoir si c'était plus utile d'organiser de grands évènements ou de se concentrer sur des communautés organisant localement, pour savoir s'il fallait se concentrer sur "couvrir" l'histoire, ou la faire, pour savoir s'il fallait éduquer ou agir, s'il fallait faire une fête ou un meeting. Brad décidait clairement que la réponse correcte était "tout cela". C'est facile de démontrer qu'il avait raison -- parlez à quelqu'un de New York City impliqué dans n'importe quel aspect d'un mouvement progressiste. C'est une ville de 8 millions d'habitants, mais si ils sont des participants sérieux de la partie la plus à la base du mouvement, ils connaissent Brad. Bien qu'ils ne connaissent pas son nom de famille. Il est juste Brad le grand gars maigre avec des cheveux longs qui se fend souvent d'un gentil sourire et d'un éclair intelligent et plein de compassion dans le regard. On l'appelle souvent avec un nom de connecteur "Brad de Indymedia" ou "Brad de "plus de jardins" ou "Brad le musicien".

Je ne l'avais pas vu depuis un moment, au moins plusieurs mois. Mais soudain il me manque tellement. Ca me manque de marcher avec lui dans le Bas East Side, relax,  à sa place là-bas, échangeant des histoires. La chaleur de sa présence re-juvénisante me manque. L'admiration mutuelle non dite me manque. Le sentiment me manque d'être en présence de quelqu'un qui ressentait si profondément sa connection au monde. Le sentiment qu'il y avait ici quelqu'un qui pourrait mourir pour moi, et moi pour lui, pas de doute là-dessus. Et maintenant, comme tant d'autres avant lui, il vient de le faire.

Comme pour nous tous, au fil des générations, son souvenir va pâlir et éventuellement disparaître. Mais pour ceux de nous vivants aujourd'hui qui avons eu l'honneur de faire partie du grand cercle d'amis de Brad, son souvenir sera avec nous douloureusement, profondément, aimant, jusqu'à ce que nous le rejoignons tous sous le sol -- espérons seulement après que chacun de nous ait réussi à avoir le type d'impact les uns sur les autres, sur le mouvement, et sur le monde que Brad a assurément eu dans ses brefs 36 ans.

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