08/10/2007
Vers de nouveaux indicateurs de progrès
PIB et Taux de croissance : des thermomètres insuffisants et trompeurs
La croissance du PIB (produit intérieur brut) est depuis des dizaines d’années, la mesure du progrès. Mais ces deux mots, croissance et progrès sont-ils toujours compatibles ?
Le PIB est l'addition mécanique de toute l'activité économique d'un pays, positive ou négative, porteuse de progrès, de richesse, de confort. Ou pas.
• Exemple caricatural, mais éclairant : un carambolage de voitures provoque X morts, Y blessés graves et des dégâts matériels. Catastrophe ? Oui et non.
On désincruste les voitures, on les remorque, on en répare certaines : pain-bénit pour les garagistes et les ferrailleurs. On enterre les morts : excellent pour les croque-morts. On soigne les blessés, on en pensionne à vie : les hôpitaux sont débordés, les maisons de repos se remplissent, et les experts en assurances se frottent les mains… Et tous leurs sous-traitants. Cet accident a contribué à l’évolution positive du PIB en générant de l’activité économique. Mais a-t-il généré du progrès, du bonheur ? Pour les bénéficiaires, c’est possible. Pour les victimes, pas vraiment.
• Autre exemple, moins sanglant. Vous achetez un meuble en bois. Son design, son façonnage, sa commercialisation génèrent de l’activité. Le PIB augmente. Mais personne ne compte dans ce calcul le coût réel de la croissance de l’arbre, matière première du meuble, ou de son remplacement. Théoriquement, tout le monde s’est enrichi, mais un arbre en moins, c’est du patrimoine, de la richesse en moins.
Le PIB est un outil de mesure cohérent avec le monde de l'après-guerre, marqué par trois caractéristiques : une prééminence du matérialisme, orienté vers la production de masse et la consommation individuelle, dans un cadre d’abondance naturelle.
Dans les années 50, les concepts de surpopulation, de vieillissement démographique, d'épuisement des ressources naturelles non renouvelables, de pollution, de changements climatiques, n'effleuraient que les auteurs de science-fiction. Pas les économistes, ni les décideurs politiques.
A nouveaux modèles de société , nouveaux thermomètres
Aujourd'hui, le monde n'est évidemment plus celui des années 50 : il n'a ni les mêmes dimensions, ni les mêmes potentiels (les ressources naturelles menacent de s'épuiser), ni les mêmes marges de manœuvre (les émissions de CO2 menacent l’équilibre de la planète), ni le même sens du réel (l‘irruption de l’immatériel et du virtuel change notre perception et nos modèles), ni les mêmes capacités techniques, ni les mêmes objectifs.
Le modèle de société contemporain et, a fortiori, celui (ou ceux) vers lequel nous tendons à l’échelle d’une vie, n’est plus celui des années 50. Son évolution ne peut plus être calculée avec les seuls instruments développés il y a 60 ans.
Ce constat entraîne un premier débat, fondamental : comment caractériser le ou les modèles de société actuels et à quel(s) modèle(s) pouvons-nous aspirer, dans les trente ou cinquante ans qui viennent ?
En fonction des réponses apportées à ces questions, c’est-à-dire de l’idéologie qui nous conduit ou nous guidera, il nous faut d’autres instruments de mesure, en complément de ceux qui existent : comment mesurer l’“évolution“, le “progrès“, la “prospérité réelle“, le “bonheur“ et plus seulement la “croissance“ quantitative de nos sociétés ?
Comment mesurer mieux l'évolution de nos sociétés ?
Et dès lors, que doit-on ou que peut-on mesurer ? D’abord, ce qui est quantifiable, c’est-à-dire l’activité, corrigée de ce qu’on appelle ses externalités positives ou négatives. Deux exemples :
• la production d’une usine polluante contribue à augmenter le PIB, mais participe également à l’augmentation des émissions de CO2, coûteuses à terme ; celle d'une entreprise agricole “normale“ contribue à l'épuisement des sols, à l'érosion, à la pollution et à l'assèchement des nappes phréatiques, également ruineuses à terme ;
• le travail d’un enseignant ou d’un homme au foyer augmentent marginalement le PIB, mais contribuent positivement à l’élévation du niveau d’éducation ou au bien-être d’un foyer, porteurs de conséquences positives et génératrices de richesses futures.
Ces externalités positives ou négatives modifient la valeur réelle de notre prospérité : elles rendent nécessaires l'apprentissage de l'évaluation de l’immatériel (le bien-être, le bonheur, le progrès même) et de l’apparemment inquantifiable.
Il faut pour cela sélectionner, panéliser et valoriser des éléments quantifiables qui peuvent donner une mesure de l’immatériel.
Construire un nouvel indice (ou une batterie de nouveaux indices), c’est quantifier et donner une valeur (absolue et relative) à d’autres éléments que les flux monétaires ou la quantité de production et, notamment, aux axes prioritaires ou aux objectifs que se fixe la société à un moment M.
Depuis longtemps déjà, des organismes internationaux et des indépendants travaillent sur de nouveaux indices, moins mécaniques, plus complets, fondés non seulement sur la croissance quantitative, mais sur le progrès qualitatif, tenant compte, notamment, des impacts négatifs de l'activité économique.
A l'heure actuelle, un seul pays, le Bhoutan, poursuit, depuis 1972, un objectif alternatif et non quantitatif, celui du Bonheur National Brut (BNB). Selon le premier ministre Lyonpo Jigmi Y Thinley, « les quatre piliers du BNB sont le développement socio-économique équitable et durable, la préservation et la promotion des valeurs culturelles, la défense de la nature et la bonne gouvernance ».
Ces idéaux sont certes inscrits dans la politique de l’État, mais le gouvernement bhoutanais souhaite de plus en plus mesurer, voire quantifier son progrès à l’aune de ces valeurs. Il a fait, pour cela, appel à des spécialistes venus de plusieurs pays, dont les canadiens du CRPI et l'association GPI Atlantic.
Très récemment, en septembre 2006, le nouveau gouvernement thaïlandais a manifesté son intérêt pour le concept de BNB.
Ci-dessous un schéma éclairant : en gris, la croissance du PIB US, de 1950 À 2002 (GDP : Gross Domestic Production/PIB) ; en noir l’évolution du GPI (GPI : Genuine Progress Indicator/Indice de Progrès Authentique).

Qu’est-ce que le GPI ? C’est une mesure calculée sur la base du PIB, pondéré de la manière suivante :
• on y ajoute la valeur du travail domestique (faire la cuisine, le ménage, le gardiennage ou l'éducation de ses enfants est un travail valorisable, mais non rémunéré, non valorisé par la collectivité, non comptabilisé dans le PIB)
• à l’inverse, on en retranche l’impact du crime, des crises familiales, de la pollution, de la consommation de ressources naturelles non-renouvelables (au-delà du charbon, du pétrole, le bois transformé en meuble est une valeur ajoutée, mais l’arbre transformé en bois est une valeur retranchée), des dommages environnementaux à long terme, du poids de la dette extérieure, etc.
Nous sommes, en l’état, incapables de certifier la rigueur des méthodes ou l’exactitude des calcul ayant abouti au schéma ci-dessus (pas plus d’ailleurs qu'on est capables de certifier les comptes de la nation ou l’exactitude du taux d’inflation en France), mais deux choses semblent évidentes :
1• le PIB ou l’indice de croissance ne reflètent pas le progrès réel (ou son absence) d'un pays ou de l'ensemble des pays. On peut croître sans progresser, voire en régressant, c’est ce qu’indique ce schéma.
2• nos comptabilités nationales ne prennent en compte qu’une partie des éléments qui constituent le véritable bilan de santé des pays.
Il est temps de s'en préoccuper.
Sources : Les canadiens du Centre de Recherches pour le Développement International (CRDI) et Osberg et Sharpe, le Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD) et, plus précisément, l'indice de développement humain (IDH), l’Association américaine Redefining Progress, les britanniques Friends Of The Earth, les français Bip 40, notamment, travaillent sur ces sujets.22:13 Publié dans Freemen | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : GIP, indicateurs de progres





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