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Bilal sur la route des clandestins

A la roulette de l’immigration clandestine, il est encore possible de gagner un certificat d’expulsion qu’il suffit de déchirer. Pour des centaines de milliers d’africains, le chemin vers le bon côté du monde passe par Agadez au Niger, traverse le désert du Ténéré pour rejoindre la Libye, puis la Tunisie et enfin l’Ile de Lampedusa ou la Sicile. Dans ce voyage, il y a tant d’occasions de tout perdre y compris la vie : tomber du camion surchargé, que le camion préhistorique soit victime d’une avarie, être dépouillé par les policiers nigériens qui réclament un droit de passage aux « riches » qui possèdent les quelques 3000€ nécessaires, être abandonné en plein désert… On se retrouve stranded* à Agadez ou à Dirkou sans possibilité d’aller plus loin ni de revenir sur ses pas. Un simple coup de téléphone, on ne peut se le permettre quand on vend ses vêtements pour survivre en buvant de l’eau sucrée, ou quand on se loue comme esclave sans salaire…

En 2004, la Libye, dont le sous-sol contient de précieux gisements de gaz**, devient amie avec l’Italie et une coopération se met en place pour lutter contre l’immigration clandestine et organiser le rapatriement vers la case départ. C’est alors une véritable chasse à l’homme noir qui se met en place en Libye, touchant aussi les immigrés en règle. Au lieu d’un rapatriement en avion vers leur pays d’origine, les noirs sont déportés dans des camps de concentration dans le désert, torturés, affamés, dépouillés, prostituées, jetés sans eau dans des camions de rapatriés « volontaires ». Le trafic tourne désormais dans les deux sens, sur des pistes parallèles au circuit de la cocaïne (Colombie, Brésil, Nigéria, Niger, Libye, Europe, Etats-Unis), lequel utilise des camions dans un état impeccable : la marchandise, on ne peut pas se permettre de la perdre comme un clandestin qui a payé d’avance !

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En 1992, la mairie de Milan a fermé son zoo, jugé contraire aux droits des animaux. Fabrizio Gatti est l’un des rares journalistes à avoir séjourné dans la cage de Milan, via Corelli, construite en 1999, et dans celle de Lampedusa. Lampedusa est le point de l’Europe le plus proche de l’Afrique et les garde-côtes y recueillent des centaines de naufragés par jour, entassés dans des canots pneumatiques aux moteurs rafistolés, ou dans des épaves de barques payées à prix d’or.

L’auteur raconte que selon la rotation des équipes de gardiens, le traitement des clandestins peut être infiniment humain, ou plutôt fascisant avec des violences et de la corruption. S’y organisent les trafics de cigarettes et de cartes téléphoniques sensées être fournies aux immigrants. L’argent des mineurs est confisqué, et le circuit retour (passant par d’autres cages plus perméables) est aménagé pour les passeurs.

Pendant ce temps, 5000 égyptiens (l’Egypte à la différence des pays africains, recense ses ressortissants) ont disparu en quelques années : on suppose qu’ils se sont noyés en empruntant une route maritime plus longue, vers la Grèce !

Que faire ?

C’est un ancien clandestin, qui parle :

« Pourquoi l’Europe ne fait pas pression sur nos pays pour qu’ils nous accordent plus de libertés… J’arrêterai jamais d’aimer votre liberté : c’est pour ça, je le jure, que je reviendrai en Italie »

*échoué

**qui alimentent aussi la France

Commentaires

  • Dure la somme de ces malheurs.
    Conclusion, il faut vraiment se battre pour garder notre liberté.
    Je vois que tu commences l'année en grande forme.

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