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Goliarda Sapienza, l'Art de la Joie, de la liberté... et du temps...

Quiconque a connu l'aventure de doubler le cap des trente ans, sait combien il a été fatigant, âpre et excitant d'escalader la montagne qui des pentes de l'enfance monte jusqu'à la cime de la jeunesse, et combien a été rapide, comme une chute d'eau, un vol géométrique d'ailes dans la lumière, quelques instants et... hier j'avais les joues fraîches des vingt ans, aujourd'hui - en une nuit ? - les trois doigts du temps m'ont effleurée, préavis du petit espace qui reste et de la perspective finale qui attend inexorablement... Première, mensongère terreur des trente ans.

L'art de la joie est aussi le roman de l'amour libre et de la fidélité aux idéaux communistes et féministes d'un "écrivain idéologique". Fondu-enchaîné sur les vies de Modesta :
Sa jeunesse, c'est l'art du travail, du travail vraiment bien fait.
Avant dix ans, se débarrasser à la fois d'un père incestueux, d'une mère absente et d'une soeur arriérée.
Avant vingt ans, apprendre, apprendre la musique, les comptes, l'amour, le cheval, apprendre dans les livres de l'oncle Jacopo, le premier de quatre générations d'anarchistes, précipiter le testament d'une mère supérieure, et se laisser marier à un prince trisomique, pour arriver à Catane pourvue d'un beau garçon Brandiforti.
Avant trente ans, renoncer à la ville et ses ombres féminines qui épient, à la richesse et à la poésie. Apprendre à nager. Apprendre tant de choses dans la vie mais jamais à désapprendre l'amour... que ce soit avec les hommes ou avec les femmes.
A quarante ans, la prison, la déportation, puis la politique, l'activité la plus enthousiasmante qu'elle eût jamais connue...
Ce vent de plénitude... qui l'avait fait voler à travers le pays, balayant tout souvenir, toute mélancolie
,... l'amène à cinquante ans, l'âge d'or des découvertes, cinquante ans, âge heureux injustement calomnié par l'état civil et les poètes.
S'arrêter là, dans cette plénitude de joie des sens et de l'esprit et retenir ainsi pour toujours en moi, en vous, les dix plus belles années de la vie, celles qui vont des cinquante aux soisante ans ? La tentation est grande mais la vie ne s'arrête pas...
Non, on ne peut communiquer à persone cette plénitude de joie, que donne l'excitation vitale de défier le temps à deux, d'être partenaires dans l'art de le dilater, en le vivant le plus intensément possible avant que ne sonne l'heure la dernière aventure.

Superbe roman d'un grand écrivain.
Editions Viviane Hamy, Pocket

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