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  • S'offrir une première fois.

    L'autre jour, je surfais sur un blog hyperfréquenté, de ceux où des collaborateurs zélés effacent par centaines les commentaires indésirables, sans se soucier si un "bon" commentaire n'est pas coïncé dedans.
    Et je lisais ceci en substance, que j'aurais bien aimé attribuer à son auteur, mais le commentaire avait déjà disparu :
    Des personnes de plus en plus nombreuses mettent leurs écrits sur le net. Or je fréquente les bibliothèques et si j'achète un livre, c'est parce que j'ai envie de pouvoir le relire, c'est d'ailleurs sur ce critère que je décide que quelqu'un est un bon écrivain, avoir envie de le relire. Ainsi, pour un bon écrivain, ce n'est absolument pas un risque de s'offrir une première fois sur le net
    Or moi, ce commentaire m'a beaucoup plu et j'avais envie de le relire, comme ces poèmes que l'on connaît par coeur mais dont on garde la source à son chevet.

  • L'humain est surbooké

    Ce n'est pas que l'humanité ait complètement disparu.
    Non, pas tout à fait.
    Mais tout de même, elle n'est guère disponible.
    Je sais, les derniers êtres véritablement humains sont très demandés.
    On se les arrache, on recherche leur compagnie.
    Ils se laissent entraîner dans mille activités car rien de ce qui est humain ne leur est étranger, évidemment.
    Leur temps est divisé en tranches, et ils accordent royalement cinq minutes là où l'on voudrait une heure.
    Ils ont l'oeil sur la montre, ils se partagent du mieux qu'ils peuvent, s'offrent pour se détourner aussitôt.
    ils sont entraînés dans un tourbillon, que dis-je dans un maëlström...
    Ils sont toujours en retard d'un email, et de toute façon ils oublient.
    L'humain est frustrant.
    L'humain n'a pas le temps...
    d'être humain.

  • Revenons à nos moutons

    Après cet intermède littéraire, revenons à des sujets plus sérieux.
    Par exemple, notre monde mérite-t-il d'être sauvé ?
    Ou bien, est-il encore temps de sauver notre monde ?
    Ou bien, est-il utile de songer à sauver le monde ?
    Existe-t-il des solutions autres qu'individuelles ?
    Faut-il faire intervenir les extra-terrestres ?
    Peut-on se sauver tout seul ?
    Combien seront sauvés ?

  • L'impossibilité du bonheur

    Commentaire du roman de Michel Houellebecq

    Certes MH a tout fait pour décourager les mauvaises gens, c'est à dire ceux qui ne lui accordent pas le bénéfice du doute et se seraient arrêtés à des images dignes des "Particules Elémentaires". Cela a failli être mon cas, lorsque j'ai bondi sur l'expression :des seins en gant de toilette, jolie trouvaille littéraire, n'est-ce pas ? MH a également découragé ceux qui tentaient de prendre le livre par la fin avec une expression ridicule : J'étais indélivré qui ressemblait comme un clone à la fin de l'"Extension du domaine de la lutte".
    Mais le propre de MH c'est de se renouveler. Tant pis pour les esprits chagrins qui guettent des relens de "particules" jusqu'à la page 86 (500 Euros pour une pipe). Tant pis pour ceux qui croient que MH dénonce. Il ne dénonce rien, il constate avec une lucidité ô combien cruelle, ô combien tranchante. Il dissèque, il analyse, il frappe juste, exactement là où ça fait mal. Et même si d'aventure il quitte son rôle d'écrivain maudit pour parler d'amour (p220)- et il m'a même fait pleurer, le salaud… il ne se départit jamais de son poste d'observateur de la misère humaine. Ainsi MH aurait approché le bonheur, s'y serait en quelque sorte brûlé les ailes… avant de retourner à notre misérable condition.
    J'aime que ce roman soit lui aussi infiniment périssable, tellement daté par les citations de noms et d'évènements récents. Je ne vois pas ce que MH pourrait bien écrire de plus.
    Je retiendrai cette citation (p316) : L'amour non partagé est une hémorragie

  • Internet Romance - 38b-

    Rebondissement de dernière minute :

    FIN

  • Internet Romance -37b-

    Elle m’a bien baratiné, la salope !
    Ce n’est que grâce à la messagerie de Louise, que j’avais pu reconstituer les véritables sentiments de Mary-Ann à mon égard. Dans nos rencontres à Sydney, elle avait montré la plus grande douceur, une infinie compréhension, de la bonté, de la grandeur d’âme, de la tendresse… Ah, elle avait bien joué sur le piano des sentiments ! … dans le seul but de me faire reprendre l’avion pour la France au plus tôt. C’était très clair dans ses messages à Louise. Elle m’avait fait croire que seule la maternité la détachait de moi. Qu’il lui fallait permettre à l’enfant de vivre avec son père biologique. Que Tom paraissait heureux de cette future naissance, qu’il avait commencé à s’attacher à l’enfant à naître. Que la Science Chrétienne réprouvait les partenaires sexuels multiples.

    Comment a-t-elle réussi à se faire mettre en cloque ? Cette question me taraudait.

    Le Tom, il n’en voulait pas au départ, de ce mouflet ! Est-ce qu’elle feignait l’extase avec lui aussi, pour en finir plus vite ? S’était-elle confessée à son gourou de la Science Chrétienne ? Celui qui d’après elle, l’avait encouragée à annuler le mariage.
    D’ailleurs, était-elle vraiment enceinte ?

    « Mesdames Messieurs, veuillez attacher vos ceintures, nous traversons une zone de turbulences »

    Ce qui me foutait vraiment le plus en rogne, c’était la façon dont elle m’avait décrit à Louise, et la manière haineuse dont elle avait parlé de moi, de mon espionnage, de la peur que je lui inspirais. Pendant tout ce temps où elle me disait des mots presque tendres pour m’amadouer, elle me craignait et me haïssait.
    C’est sûr, le chauffeur de taxi de Sydney saurait où se procurer une arme.
    Avant mon départ, j’ai envoyé un e-mail à Louise.
    Tiens voilà la crise de tachycardie qui surgit. Mais pourquoi j’ai mal tout à coup, pourquoi ça serre dans la poitrine. Je voudrais crier, attirer l’attention de l’hôtesse, mais aucun son ne sort de ma bouche. Pourquoi l’hôtesse ne me regarde-t-elle pas ? Il suffirait d’attraper les médicaments qui sont dans mon bagage à main là-haut. Et cette maudite ceinture qui ne veut pas s’ouvrir…

    L'histoire depuis le début

  • Internet Romance -36b-

    J’ai vite réussi à me lier d’amitié avec un chauffeur de taxi qui habitait dans le même gourbi que moi. Il semblait impliqué dans quelques activités louches et j’appris qu’il vivait clandestinement en Australie.
    C’est grâce à lui et à son taxi qui n’avait rien à envier à ma vieille R5 que je pus suivre Mary-Ann dans ses déplacements, localiser Tom, passer de longues heures derrière la haie de sa maison, observer les enfants jouer, et Tom et Mary-Ann échanger quelques baisers. Je n’en étais pas malheureux, au contraire.
    Au bout de dix jours, je tombais nez à nez avec Mary-Ann, rentrée plus tôt que d’habitude. Je sursautai malgré mon déguisement, et marquai un temps d’arrêt. Elle me regarda longuement, droit dans les yeux et son visage exprima successivement la surprise, la peur, la colère.
    Le soir, je ne pus m’empêcher de l’appeler au téléphone.
    « Nico, je sais que tu es là, rencontrons-nous pour en parler.», dit-elle.
    C’est ainsi que pendant les derniers jours qui précédaient mon vol retour, nous nous sommes vus pendant de longues heures, et que j’ai pu exorciser ma colère, ma haine, mon amour, mon sentiment d’abandon. Cela se passait dans des lieux publics et elle me demandait de la laisser partir bien avant moi, ce à quoi j’obtempérais. Elle avait mis comme condition à nos rencontres que je cesse de l’espionner, et j’y étais parvenu, en espionnant à la place Tom, les parents, les enfants, bref tous ceux qui me parlaient un peu d’elle. Elle parvint à me rendre une certaine sérénité et je pus reprendre l’avion pour Lyon-Satolas.

    L'histoire depuis le début

  • Internet Romance -35b-

    Vers la fin de la dernière journée passée à Sydney avec Mary-Ann, c’était comme si les effets de l’anesthésie s’étaient dissipés peu à peu. La relative indifférence digne dans laquelle je me trouvais avait progressivement fait place à une colère et une indignation qui me faisaient trembler. J’eus du mal à me maîtriser jusqu’au bout, mais déjà je ne m’appartenais plus. Je n’étais plus responsable de mes actes. J’étais fou. Fou d’amour et trahi. Je ne savais qu’une chose, c’était que je ne pouvais pas partir comme ça, pas m’éloigner à tout jamais de Mary-Ann. Il me fallait encore la revoir, chercher à comprendre, voir Tom, ses enfants, ses parents, son lieu de travail, son église.
    Je louai une chambre minable dans le plus bas quartier de Sydney, dans un hôtel de passe, non loin du port.
    Dès le lendemain, j’achetai une perruque, je rasai mon collier de barbe, et je commençai à pister la belle.
    Pendant toute une semaine, j’ai réussi à l’espionner sans qu’elle me voie. Je me glissais le matin dans le hall de l’immeuble d’en face, et je guettais son départ. Les premiers jours, j’eus de la chance, elle n’avait fait que quelques courses dans le quartier et je pouvais me délecter de sa chevelure lumineuse. Une fois, j’ai attendu son retour jusqu’au soir. Elle avait dû passer la journée avec Tom, ou bien avec ses parents. Mais j’étais si heureux de l’apercevoir, cela me suffisait. Je le jure, je n’ai pas bu un seul verre d’alcool pendant toute cette période.
    Les voisins ont dû se poser des questions sur ce clochard drapé dans un imperméable.
    Le soir, par contre, je ruminais des plans de vengeance. Tous les soirs, j’appelais chez elle, je laissais sonner jusqu’à ce que j’entende sa voix angoissée. Cela me calmait.

    L'histoire depuis le début

  • Internet Romance -34b-

    Dans le Paris-Sydney, je repensais à un commentaire de Dilettante qui disait : « tu sembles bien le connaître, ce Nico. »
    Et je me demandais à quel moment avouer au lecteur la supercherie.
    Eh oui, ami lecteur, si cette histoire m’a autant passionné, c’est parce qu’elle me touchait directement. Car Nico, c’est moi, ou plutôt je suis Nico. Il n’y a jamais eu de directeur de l’équipe scientifique. Si j’ai inventé ce personnage, c’était dans un but purement littéraire au début. Les écrivains savent bien la grande part autobiographique présente dans toute œuvre. Or je n’ai jamais su parler de moi-même, il me fallait mettre une certaine distanciation entre l’auteur et son personnage. Ce faisant j’ai failli à une règle non écrite qui veut que dans la narration à la première personne, on ne triche pas avec le lecteur.
    Si je te fais cet aveu aujourd’hui, au mépris de toute cohérence littéraire, c’est parce qu’il me faut avouer une préméditation, un crime, qui s’est achevé à l’hôpital de Sydney. Je ne peux plus me taire, et l’aveu est la seule solution, comme dans Crime et Châtiment.

    Il va de soi que je n’ai pas eu besoin de pirater la messagerie de Nico, mais j’ai dû mettre en œuvre mes talents de hacker pour percer celle de Louise. Cela m’a pris toute la nuit. Un surdoué comme moi, affligé d’une timidité maladive, et de réels problèmes avec les femmes, est généralement très intuitif sur les allusions et les réflexions le concernant. Or dans le cas Mary-Ann, je n’avais rien deviné. Ma rage n’a fait que croître en découvrant sa tricherie. Ainsi tout dans son comportement était faux, depuis la première minute où elle m’avait vu. Elle n’avait fait que jouer la comédie ! Comment peut-on être bourré de préjugés à ce point ? Comment peut-on juger les gens d’après leur tête ?

    Il est vrai que, pour ceux qui ne me connaissent pas, mon visage a quelque chose d’indéfinissable et c’est pour cela que je porte la barbe. Je ressemble un peu à un écrivain contemporain controversé et très riche, si vous voyez le genre.

    L'histoire depuis le début