12/01/2010

La tomate Kokopelli chez Baumaux : hallucinant

Je relaie ici le communiqué reçu par les membres de l'association Kokopelli.

Le communiqué de Blanche Magarinos-Rey, avocate de Kokopelli, est disponible sur le blog de Kokopelli

Dans son catalogue de printemps 2010, la société GRAINES BAUMAUX propose à la vente, en page 491, un mélange de 15 variétés de tomates que son dirigeant a choisi d’appeler "TOMATE KOKOPELLI", cette appellation étant suivi d’un petit signe © indiquant qu’il est propriétaire de la marque.

Cette initiative, de la part d’un adversaire judiciaire notoire, a semé le doute et la confusion dans les esprits des adhérents, clients et sympathisants de l’association, qui ont demandé à ce qu’un éclaircissement soit donné sur la réalité de cette incompréhensible et absurde assimilation des tendances.

En effet, le procès initié depuis décembre 2005 par la société BAUMAUX contre l’association KOKOPELLI est toujours en cours. Dans celui-ci, aujourd’hui au stade de l’appel, BAUMAUX se fait redresseur de torts et, sans pouvoir démontrer aucun préjudice lié aux activités de l’association, réclame l’application stricte de la législation sur l’inscription des semences au catalogue officiel. Prenant ainsi le rôle du Ministère Public, et sortant du cadre de la concurrence déloyale sur laquelle il prétend se baser, il remet ainsi en scène le triste procès qu’a mené l’Etat contre l’association KOKOPELLI pendant plus de quatre ans, et qui s’est conclu récemment, en Cour de Cassation, par la condamnation de l’association à plus de 17.000 € d’amende.

Non content vraisemblablement des conditions d’exécution de cette condamnation, qui a vu certains membres du gouvernement qualifier de "service public" le travail de KOKOPELLI et l’Etat renoncer au recouvrement de l’amende, la société BAUMAUX réclame aujourd’hui à l’association quelques 100.000 € de dommages-intérêts, ainsi que la cessation de ses activités.

C’est donc un véritable acharnement que subit ici, par ce nouveau procès, l’association KOKOPELLI.

Mais le dépôt de la marque "TOMATE KOKOPELLI" par son propre adversaire constitue une étape nouvelle dans cette croisade contre le travail de diffusion de la biodiversité agricole et de l’autonomie semencière que réalise l’association.

Or, renseignements pris auprès de l’Institut National de la Propriété Intellectuelle, le dépôt de la marque "TOMATE KOKOPELLI" par la société BAUMAUX remonte au 31 octobre 2007, soit lorsque le procès initié par celle-ci battait son plein en première instance.

Pour cet enregistrement de marque, la société BAUMAUX ne pourra dès lors pas arguer de sa bonne foi, c’est une évidence. Pire encore, réalisé dans l’intention de nuire, il doit être considéré comme frauduleux, au sens de notre jurisprudence en la matière.

Mais ce qui est plus grave, dans la mesure où l’association KOKOPELLI bénéficie, à n’en pas douter, d’une « marque notoirement connue », cet enregistrement est également constitutif d’un acte de contrefaçon, qui est un délit pénal puni de quatre ans d’emprisonnement et de 400.000 euros d’amende.

On s’interroge donc sur les raisons qui ont poussé la société BAUMAUX à de telles extrémités.

En définitive, cette démarche outrancière s’apparente à de la provocation pure et simple, à laquelle le pacifisme de KOKOPELLI hésite à répondre. Cependant, la société BAUMAUX a peut-être prévu, dans le cadre d’une nouvelle procédure judiciaire, d’interdire à l’association d’utiliser sa propre dénomination…?

Enfin, et pour couronner le tout, il est encore affligeant de constater que la marque déposée par BAUMAUX l’a été pour deux catégories : les semences, d’une part, et les produits "phytosanitaires", de l’autre.

Alors, Monsieur BAUMAUX, pour quand avez-vous programmé la sortie des "Pesticides KOKOPELLI"?

Blanche MAGARINOS-REY.
Avocate au Barreau de Brest

Lire un article précédent sur les soucis de l'association Kokopelli, qui se charge de préserver les semences et la biodiversité.

Le site de Kokopelli.

30/12/2009

La haine de l'Occident

Jean Ziegler, professeur de sociologie à l'Université de Genève dénonce l'amnésie, le mépris, le cynisme, les comparaisons indécentes autour de pratiques abjectes qui ont déshonoré et déshonorent l'humanité et dont s'abreuve la haine de l'occident.
Un pas est franchi dans l'escalade de l'horreur, de l'indicible, de l'impensable lorsque le dumping agricole et la spéculation provoquent des émeutes de la faim, lorsque 2,2 milliards d'humains connaissent la pauvreté absolue, lorsque 37 millions meurent de la faim et de ses conséquences (2007), et 6 millions d'haïtiens en sont réduits à manger des galettes de boue.
Impitoyablement, Ziegler cite nombre de génocides qui concernent des millions d'individus : "Sans Auschwitz, les européens n'auraient jamais su ce qu'ils ont fait aux africains".
L'Occident est schizophrène et par une curieuse "éclipse de la raison", sa pratique dément constamment les valeurs qu'il proclame. Les rédacteurs des droits de l'homme eux-mêmes étaient esclavagistes et colonialistes, deux situations à l'origine de "cruautés si grandes qu'on n'oserait pas les imaginer". Ce ne sont qu'actes d'horreur, tortures monstrueuses, férocité sans mesure, viols, indicibles turpitudes, épouvantables massacres, mises aux fers, mains coupés, viols, répression impitoyable, terreur coloniale, villages brûlés, enfumades, ratonades, viols, sources empoisonnées, punitions mutilantes, chasses à courre génocidaires...
Il existe une filiation abominable entre tous les systèmes d'exploitation et d'oppression. Les esclavagistes ne sont pas morts, ils se sont transformés en spéculateurs boursiers. Sous prétexte de partenariat économique, l'occident pratique le dumping agricole, impose la suppression des protections douanières, continue de piller les sous-sols. C'est le capitalisme et ses oligarchies locales (Chine, Inde) qui règne par la corruption, organise des guerres, paie des sociétés de communication pour colporter des mensonges d'état comme dans l'exemple de la cécession du Biafra, provoque faillites, suicides, immigration, bidonvilles, rapts d'enfants, prostitution, chômage et désespoir, pollution, abolition de la protection sociale, répression, conditions de travail inhumaines, racket policier, extorsions, enlèvements, vols, assassinats, rapts et esclavage d'enfants.
Y a-t-il un espoir ? Peut-être mais il est fragile. L'auteur explique comment Evo Morales, le premier président indien de la Bolivie, a réussi à mettre fin à l'état colonial est à se réapproprier le pétrole et le gaz. Il se heurte à de nombreuses oppositions dont celle des oustachis (descendants des SS en fuite).
En attendant l'Occident bien pensant, menace d'utiliser l'arme atomique pour punir les pays qu'il a conduits à violer les droits de l'homme.

commentaire du livre de Jean Ziegler, Albin Michel
les expressions entre guillemets sont des citations trouvées dans le livre

25/12/2009

Goliarda Sapienza, l'Art de la Joie, de la liberté... et du temps...

Quiconque a connu l'aventure de doubler le cap des trente ans, sait combien il a été fatigant, âpre et excitant d'escalader la montagne qui des pentes de l'enfance monte jusqu'à la cime de la jeunesse, et combien a été rapide, comme une chute d'eau, un vol géométrique d'ailes dans la lumière, quelques instants et... hier j'avais les joues fraîches des vingt ans, aujourd'hui - en une nuit ? - les trois doigts du temps m'ont effleurée, préavis du petit espace qui reste et de la perspective finale qui attend inexorablement... Première, mensongère terreur des trente ans.

L'art de la joie est aussi le roman de l'amour libre et de la fidélité aux idéaux communistes et féministes d'un "écrivain idéologique". Fondu-enchaîné sur les vies de Modesta :
Sa jeunesse, c'est l'art du travail, du travail vraiment bien fait.
Avant dix ans, se débarrasser à la fois d'un père incestueux, d'une mère absente et d'une soeur arriérée.
Avant vingt ans, apprendre, apprendre la musique, les comptes, l'amour, le cheval, apprendre dans les livres de l'oncle Jacopo, le premier de quatre générations d'anarchistes, précipiter le testament d'une mère supérieure, et se laisser marier à un prince trisomique, pour arriver à Catane pourvue d'un beau garçon Brandiforti.
Avant trente ans, renoncer à la ville et ses ombres féminines qui épient, à la richesse et à la poésie. Apprendre à nager. Apprendre tant de choses dans la vie mais jamais à désapprendre l'amour... que ce soit avec les hommes ou avec les femmes.
A quarante ans, la prison, la déportation, puis la politique, l'activité la plus enthousiasmante qu'elle eût jamais connue...
Ce vent de plénitude... qui l'avait fait voler à travers le pays, balayant tout souvenir, toute mélancolie
,... l'amène à cinquante ans, l'âge d'or des découvertes, cinquante ans, âge heureux injustement calomnié par l'état civil et les poètes.
S'arrêter là, dans cette plénitude de joie des sens et de l'esprit et retenir ainsi pour toujours en moi, en vous, les dix plus belles années de la vie, celles qui vont des cinquante aux soisante ans ? La tentation est grande mais la vie ne s'arrête pas...
Non, on ne peut communiquer à persone cette plénitude de joie, que donne l'excitation vitale de défier le temps à deux, d'être partenaires dans l'art de le dilater, en le vivant le plus intensément possible avant que ne sonne l'heure la dernière aventure.

Superbe roman d'un grand écrivain.
Editions Viviane Hamy, Pocket

19/08/2009

L'art de l'attente

Attendre l'héritage, les vacances, la paie, le lendemain, le soir, le bus, la fin du bouchon, attendre à la caisse...

Que d'occasions manquées de vivre ! Nous ne sommes pas préparés à l'attente et ne savons pas en profiter.

Autant nous pouvons rêver une heure sur le bord de la piscine, autant piétiner une heure avant l'ascension du phare d'Eckmühl

eckmuhl.jpgnous paraît insurmontable. Il y a là un double problème, celui de la position debout que nous ne savons plus tenir, et celui de l'échelle de temps, ô combien relative...

Bien souvent, rien n'empêche de s'asseoir.

Aujourd'hui, je décide de profiter des attentes. L'activité qui se suffit le plus à elle-même est - allez je ne vais pas dire la prière pour ne pas choquer les âmes sensibles - la gratitude : faire la liste de tout ce que l'on a puiqu'on a la chance inouïe d'être nés du bon côté du monde comme disent les immigrants clandestins. Se positionner dans le village mondial.

Ensuite, on peut avoir sur soi un mini-livre de pensées positives à méditer. Ecrire ses projets et ses rêves dans son "carnet bonheur". Envoyer un message d'affection à un proche ou quelqu'un de perdu de vue. Apprendre une liste de mots étrangers. Déchiffrer un texte difficile. Faire des exercices pour muscler le cou ou les abdos, se tenir droit, prendre des résolutions, identifier et visualiser ses rêves... engager la conversation avec les voisins, répondre aux lamentations en montrant des alternatives.

Une heure :

- apprendre par coeur un texte, un poème, les paroles d'une chanson

- écrire un article pour son blog

- lire un texte sérieux

Une demi-heure :

- faire une liste de gratitude (on a déjà gagné au loto de la vie)

- planifier semaine, mois, année

- faire une liste des outils à avoir sur soi pour les attentes futures...

Dix minutes :

- vite une mise à jour de la liste de gratitude

- une série de messages

Cinq minutes, cette attente n'en est déjà plus une, c'est le temps d'une chanson plutôt que d'une cigarette !

26/07/2009

Bientôt votre haiku sur T-shirt en coton bio équitable

Surveillez le lancement de la nouvelle collection de Le temps est doux, une société qui imprime en série limitée des textes sur T-shirts en coton bio.

Le haiku en français est un petit poème de 3 vers (tercet). Les vers sont respectivement de 5, 7 et 5 pieds. Il existe de plus la règle du kigo qui implique que le haiku doit contenir un mot caractéristique de la saison en cours. La jeune héroïne de L'élégance du Hérisson écrit ses haikus en japonais dans le texte. J'ai découvert le mot sur la planète Wordpress, un monde d'informaticiens qui programment des plateformes de blogs. Chaque blog a un thème (mise en page) et les éditeurs de thèmes Wordpress (commerciaux !) sont invités à les définir grâce à un haiku.

Alors, devoir de vacances, se trouver un haiku pour se définir, se présenter sur les forums, l'arborer sur sa poitrine.

haiku.JPG

 


 

 

 

Les T-shirts de Le temps est doux… sont doux parce qu'ils sont confectionnés avec un coton péruvien de qualité supérieure, Tanguis.

COTON BIO ET COMMERCE ÉQUITABLE

La culture du coton représente 2,4% de la surface agricole de la planète et consomme 25 % des pesticides utilisés dans le monde. Dans les pays pauvres du Sud, 43 millions d'adultes et d'enfants travaillent pour les pays riches du Nord dans des zones franches d'exportation (zones non réglementées) vouées notamment à l'industrie du textile.

Les règles du commerce équitable garantissent un salaire minimum à chaque ouvrier avec des conditions de travail décentes. Le temps est doux a choisi un hébergeur pour son site internet qui se préoccupe de développement durable en réduisant sa consommation électrique et en recyclant son matériel (Icodia).

Enfin l'impression se fait avec des encres non toxiques et les emballages sont entièrement recyclables.

20/05/2009

Décroissance, transports, déchets et journaux gratuits

Bonjour, bonjour, je vis mon petit bonhomme de chemin, sans guère de possibilité de décroître davantage depuis mon abonnement transports en commun (j'habite en province). Je compte sur la crise économique pour limiter le réchauffement climatique.

Je vis la solidarité avec ceux qui n'ont pas d'autres choix que de subir jour après jour les prises d'otages des grêves aux heures de pointe (alternent au fil des jours un tram sur deux puis sur trois puis sur quatre, etc...). Les utilisateurs sont d'une patience et d'une résignation exemplaires !

Je m'interroge parce que les utilisateurs de transports en commun se voient remettre une lecture obligatoire, un journal gratuit !

J'ai jusqu'ici refusé d'un non merci poli mais une conversation a suscité mon intérêt :

- il faut les prendre et les jeter, car les personnes qui distribuent, quand elles ont fini leur pile, elles peuvent partir !

J'ai remarqué aussi que certaines sociétés de publicité emploient des handicapés pour distribuer leurs prospectus, et ça me fait très mal au coeur de refuser à ces employés leur gagne-pain. Je soupçonne les sociétés d'exploiter la corde sensible !

J'ai donc décidé de ne pas prendre ces lectures.

Par ailleurs, j'ai constaté que l'autocollant anti-pub de ma boite aux lettres a peu d'effet puisque les piles publicitaires sont déposées sur une tablette.

Et enfin en effet, le rapport du CNID m'apprend que pour l'éco-recyclage, c'est loin d'être gagné !

Au fait, je suis adhérente au CNID (Centre National d'Information Indépendante sur les Déchets), que j'ai découvert en lisant la liste des projets financés par la NEF !

Tout cela pour vous dire que l'ami Aureliano vient de pondre des nouvelles pas très très bonnes sur la situation du capitalisme mondial !

 

18/01/2009

Bilal sur la route des clandestins

A la roulette de l’immigration clandestine, il est encore possible de gagner un certificat d’expulsion qu’il suffit de déchirer. Pour des centaines de milliers d’africains, le chemin vers le bon côté du monde passe par Agadez au Niger, traverse le désert du Ténéré pour rejoindre la Libye, puis la Tunisie et enfin l’Ile de Lampedusa ou la Sicile. Dans ce voyage, il y a tant d’occasions de tout perdre y compris la vie : tomber du camion surchargé, que le camion préhistorique soit victime d’une avarie, être dépouillé par les policiers nigériens qui réclament un droit de passage aux « riches » qui possèdent les quelques 3000€ nécessaires, être abandonné en plein désert… On se retrouve stranded* à Agadez ou à Dirkou sans possibilité d’aller plus loin ni de revenir sur ses pas. Un simple coup de téléphone, on ne peut se le permettre quand on vend ses vêtements pour survivre en buvant de l’eau sucrée, ou quand on se loue comme esclave sans salaire…

En 2004, la Libye, dont le sous-sol contient de précieux gisements de gaz**, devient amie avec l’Italie et une coopération se met en place pour lutter contre l’immigration clandestine et organiser le rapatriement vers la case départ. C’est alors une véritable chasse à l’homme noir qui se met en place en Libye, touchant aussi les immigrés en règle. Au lieu d’un rapatriement en avion vers leur pays d’origine, les noirs sont déportés dans des camps de concentration dans le désert, torturés, affamés, dépouillés, prostituées, jetés sans eau dans des camions de rapatriés « volontaires ». Le trafic tourne désormais dans les deux sens, sur des pistes parallèles au circuit de la cocaïne (Colombie, Brésil, Nigéria, Niger, Libye, Europe, Etats-Unis), lequel utilise des camions dans un état impeccable : la marchandise, on ne peut pas se permettre de la perdre comme un clandestin qui a payé d’avance !

Bilal.jpg

En 1992, la mairie de Milan a fermé son zoo, jugé contraire aux droits des animaux. Fabrizio Gatti est l’un des rares journalistes à avoir séjourné dans la cage de Milan, via Corelli, construite en 1999, et dans celle de Lampedusa. Lampedusa est le point de l’Europe le plus proche de l’Afrique et les garde-côtes y recueillent des centaines de naufragés par jour, entassés dans des canots pneumatiques aux moteurs rafistolés, ou dans des épaves de barques payées à prix d’or.

L’auteur raconte que selon la rotation des équipes de gardiens, le traitement des clandestins peut être infiniment humain, ou plutôt fascisant avec des violences et de la corruption. S’y organisent les trafics de cigarettes et de cartes téléphoniques sensées être fournies aux immigrants. L’argent des mineurs est confisqué, et le circuit retour (passant par d’autres cages plus perméables) est aménagé pour les passeurs.

Pendant ce temps, 5000 égyptiens (l’Egypte à la différence des pays africains, recense ses ressortissants) ont disparu en quelques années : on suppose qu’ils se sont noyés en empruntant une route maritime plus longue, vers la Grèce !

Que faire ?

C’est un ancien clandestin, qui parle :

« Pourquoi l’Europe ne fait pas pression sur nos pays pour qu’ils nous accordent plus de libertés… J’arrêterai jamais d’aimer votre liberté : c’est pour ça, je le jure, que je reviendrai en Italie »

*échoué

**qui alimentent aussi la France

08/01/2009

L'avenir de l'eau

Ce livre se termine par le constat suivant :

  • L’accès à l’eau est un droit humain fondamental d’où une nécessaire solidarité
  • L’assainissement et la distribution font de l’eau un produit manufacturé qui ne peut être gratuit
  • Les disparités régionales importantes imposent un traitement politique et local des problèmes
  • Le problème de l’eau est indissociable de celui d’une agriculture capable de nourrir 9 milliards d’êtres humains.

Erik Orsenna a enquêté pendant deux ans sur les méthodes trouvées par les différents pays pour assurer leur autonomie en eau : barrages, réservoirs, canaux, pompages, retraitement, désalage, distribution, irrigation au compte-goutte, achats, ensemencement des nuages pour provoquer la pluie… Il nous raconte des histoires et des rencontres. Le dialogue se poursuit sur son blog : http://www.erik-orsenna.com/blog

Comment résumer en quelques lignes ces écrits riches et variés ?

J’ai choisi deux histoires qui m’ont particulièrement intéressée, des histoires de réfugiés (les titres sont de moi) :

1- La guerre de l’eau a commencé (un exemple pas tout à fait au hasard)

2- Réfugiés climatiques

Et quelques citations et mots-clés :

Le compteur d’eau : le garant d’un système de distribution qui fonctionne

Le mal de dos, symbole d’une mauvaise distribution, lorsque l’eau ne vient pas, il faut aller à elle avec des jerrycans. « Toute fillette porteuse de jerrycan est perdue pour l’alphabétisation. » En Algérie, les problèmes de distribution sont en train de se régler par une volonté politique doublée d’appel à des compétences extérieures.

Le livre s’appelle aussi : Petit traité de mondialisation. Le chapitre : « La logique du sushi » explique comment la concurrence des bateaux de pêche japonais ultramodernes conduit à un arrêt de la pêche et de la vente de poisson avec à la place une augmentation de la consommation de viande en Afrique avec pour conséquence l’épuisement des nappes phréatiques.

Il nous explique aussi que l’exportation de végétaux correspond à une exportation nette d’eau virtuelle. En effet, chaque kilo de végétal ne nécessite pas moins de 500 litres d’eau en moyenne pour sa croissance. Et l’élevage est de loin l’activité la plus coûteuse : jusqu’à 13500 litres par kg de bœuf. Ainsi la prise en compte de cette eau virtuelle devrait orienter le commerce mondial : quand on manque d’eau, devrait-on exporter de la viande ? Est-il bien utile de « faire fleurir le désert » pour produire des tomates-cerises au risque d’allumer le feu chez ses voisins ?

1-La guerre de l’eau a commencé

Israël a fait disparaître le Jourdain dès sa sortie du lac de Tibériade, et accapare l’eau de la région en maîtrisant le Golan, suscitant ressentiments et tensions.

En même temps, ce pays est à la pointe de recherches de haute technologie permettant la maîtrise de l’eau, son recyclage, son désalage…

Tandis que nombre de palestiniens ne sont pas raccordés à un réseau d’eau potable, ils sont nargués par le bleu des piscines dans les colonies israéliennes. « Chaque piscine, c’est cent terroristes en puissance ». Les israéliens se défendent en dénonçant l’absence de traitements des rejets qui ruissellent depuis la Cis-Jordanie ou se déversent en mer depuis Gaza non loin de l’usine de désalage d’Ashkelon.

Les deux camps se livrent une guerre démographique avec des taux de croissance avoisinant les 5%. La population palestinienne devrait doubler d’ici 16 à 17 ans.

Je laisse Orsenna conclure :

Comment cette foule, « dans 16 ou 17 ans », va-t-elle vivre, emprisonnée par le mur, sur une terre si petite et si sèche ?...

Qui peut penser bâtir sa sécurité future en condamnant au chômage ses voisins les plus proches ?...

palestine.jpg

source de l'image :

http://www.france-palestine.org/

2-Réfugiés climatiques

Sur les traces du choléra, la maladie des eaux souillées et de la déshydratation, l’auteur nous transporte dans un Calcutta qui n’a rien à envier à La Cité de la Joie. Avec ce message d’un chauffeur de taxi aux bengladeshis : « Il n’y a déjà pas assez pour nous ici, donc rien à espérer pour vous ».

Pourtant, 180 millions d’habitants se pressent dans un territoire représentant le tiers de la superficie de la France, pris en étau entre la montée des eaux salées dans le Golfe du Bengale, et la diminution de débit des deux fleuves (Gange et Bramapoutre) : ensablement, barrages. Sur les chars, îles de sable mouvantes situées dans le delta, l’extrême pauvreté consiste en ne pas pouvoir payer les quelques centimes au passeur pour rejoindre la terre ferme. Les cohortes de réfugiés climatiques s’étendent en une traînée de misère le long de la voie ferrée vers Dakha. Beaucoup tentent de franchir les frontières avec l’Inde. Le destin le plus enviable est encore de monter dans les avions qui emportent une main d’œuvre d’esclaves vers les pays du Golfe.

(librement résumé à partir du livre d'Erik Orsenna : l'avenir de l'eau)