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  • La haine de l'Occident

    Jean Ziegler, professeur de sociologie à l'Université de Genève dénonce l'amnésie, le mépris, le cynisme, les comparaisons indécentes autour de pratiques abjectes qui ont déshonoré et déshonorent l'humanité et dont s'abreuve la haine de l'occident.
    Un pas est franchi dans l'escalade de l'horreur, de l'indicible, de l'impensable lorsque le dumping agricole et la spéculation provoquent des émeutes de la faim, lorsque 2,2 milliards d'humains connaissent la pauvreté absolue, lorsque 37 millions meurent de la faim et de ses conséquences (2007), et 6 millions d'haïtiens en sont réduits à manger des galettes de boue.
    Impitoyablement, Ziegler cite nombre de génocides qui concernent des millions d'individus : "Sans Auschwitz, les européens n'auraient jamais su ce qu'ils ont fait aux africains".
    L'Occident est schizophrène et par une curieuse "éclipse de la raison", sa pratique dément constamment les valeurs qu'il proclame. Les rédacteurs des droits de l'homme eux-mêmes étaient esclavagistes et colonialistes, deux situations à l'origine de "cruautés si grandes qu'on n'oserait pas les imaginer". Ce ne sont qu'actes d'horreur, tortures monstrueuses, férocité sans mesure, viols, indicibles turpitudes, épouvantables massacres, mises aux fers, mains coupés, viols, répression impitoyable, terreur coloniale, villages brûlés, enfumades, ratonades, viols, sources empoisonnées, punitions mutilantes, chasses à courre génocidaires...
    Il existe une filiation abominable entre tous les systèmes d'exploitation et d'oppression. Les esclavagistes ne sont pas morts, ils se sont transformés en spéculateurs boursiers. Sous prétexte de partenariat économique, l'occident pratique le dumping agricole, impose la suppression des protections douanières, continue de piller les sous-sols. C'est le capitalisme et ses oligarchies locales (Chine, Inde) qui règne par la corruption, organise des guerres, paie des sociétés de communication pour colporter des mensonges d'état comme dans l'exemple de la cécession du Biafra, provoque faillites, suicides, immigration, bidonvilles, rapts d'enfants, prostitution, chômage et désespoir, pollution, abolition de la protection sociale, répression, conditions de travail inhumaines, racket policier, extorsions, enlèvements, vols, assassinats, rapts et esclavage d'enfants.
    Y a-t-il un espoir ? Peut-être mais il est fragile. L'auteur explique comment Evo Morales, le premier président indien de la Bolivie, a réussi à mettre fin à l'état colonial est à se réapproprier le pétrole et le gaz. Il se heurte à de nombreuses oppositions dont celle des oustachis (descendants des SS en fuite).
    En attendant l'Occident bien pensant, menace d'utiliser l'arme atomique pour punir les pays qu'il a conduits à violer les droits de l'homme.

    commentaire du livre de Jean Ziegler, Albin Michel
    les expressions entre guillemets sont des citations trouvées dans le livre

  • Goliarda Sapienza, l'Art de la Joie, de la liberté... et du temps...

    Quiconque a connu l'aventure de doubler le cap des trente ans, sait combien il a été fatigant, âpre et excitant d'escalader la montagne qui des pentes de l'enfance monte jusqu'à la cime de la jeunesse, et combien a été rapide, comme une chute d'eau, un vol géométrique d'ailes dans la lumière, quelques instants et... hier j'avais les joues fraîches des vingt ans, aujourd'hui - en une nuit ? - les trois doigts du temps m'ont effleurée, préavis du petit espace qui reste et de la perspective finale qui attend inexorablement... Première, mensongère terreur des trente ans.

    L'art de la joie est aussi le roman de l'amour libre et de la fidélité aux idéaux communistes et féministes d'un "écrivain idéologique". Fondu-enchaîné sur les vies de Modesta :
    Sa jeunesse, c'est l'art du travail, du travail vraiment bien fait.
    Avant dix ans, se débarrasser à la fois d'un père incestueux, d'une mère absente et d'une soeur arriérée.
    Avant vingt ans, apprendre, apprendre la musique, les comptes, l'amour, le cheval, apprendre dans les livres de l'oncle Jacopo, le premier de quatre générations d'anarchistes, précipiter le testament d'une mère supérieure, et se laisser marier à un prince trisomique, pour arriver à Catane pourvue d'un beau garçon Brandiforti.
    Avant trente ans, renoncer à la ville et ses ombres féminines qui épient, à la richesse et à la poésie. Apprendre à nager. Apprendre tant de choses dans la vie mais jamais à désapprendre l'amour... que ce soit avec les hommes ou avec les femmes.
    A quarante ans, la prison, la déportation, puis la politique, l'activité la plus enthousiasmante qu'elle eût jamais connue...
    Ce vent de plénitude... qui l'avait fait voler à travers le pays, balayant tout souvenir, toute mélancolie
    ,... l'amène à cinquante ans, l'âge d'or des découvertes, cinquante ans, âge heureux injustement calomnié par l'état civil et les poètes.
    S'arrêter là, dans cette plénitude de joie des sens et de l'esprit et retenir ainsi pour toujours en moi, en vous, les dix plus belles années de la vie, celles qui vont des cinquante aux soisante ans ? La tentation est grande mais la vie ne s'arrête pas...
    Non, on ne peut communiquer à persone cette plénitude de joie, que donne l'excitation vitale de défier le temps à deux, d'être partenaires dans l'art de le dilater, en le vivant le plus intensément possible avant que ne sonne l'heure la dernière aventure.

    Superbe roman d'un grand écrivain.
    Editions Viviane Hamy, Pocket